• human,  particularité

    Silent words – Au plus près des mots

    De Gauche à droite : Steve Mateus, Angélique Palama et les parents d’Angélique : Philippe Palama (Cordonnier) et Nathalie Palama (Co-Fondatrice et enseignante au sein de l’Association S5)
    Elle, est issue d’une famille sourde ; lui n’a connu que la surdité depuis la naissance. Pour ce dernier, l’amour n’a pas de voix ni de musique qui lui seraient associées, mais ils ont su compenser cette absence en abordant la vie à deux par d’autres chemins ; en privilégiant notamment l’échange de mots sur les doigts des mains. Angélique et Steve partagent leur histoire depuis 7 ans. Au fur et à mesure de nos discussions, j’ai appris à les connaître mais aussi à mieux comprendre les effets de ce trouble sensoriel sur une vie ; un trouble qui touche plus de 10’000 personnes en Suisse : la surdité (1).

    Voilà trois ans que je côtoie ce couple. Comment converser sans parole, par le visuel et la gestuelle, était ma grande interrogation à l’aube de cette rencontre… Pour m’y préparer, j’avais décidé d’entreprendre quelques recherches sur la langue des signes (langue sumaine(2)), pour pouvoir me servir de mots basiques tels que « bonjour », « merci », « café » ,« au revoir ». Notre premier rendez-vous eut lieu durant l’été 2018 à Genève, dans un café de la gare Cornavin. J’étais pleine de doutes, mais dès les premiers échanges, je fus rassurée ; nous n’avions aucune difficulté à nous comprendre ! La plupart des sourds et malentendants sont en effet bilingues : une langue des signes et une langue orale (principalement sous sa forme écrite, éventuellement parlée). Ils arrivent peu ou prou à lire sur les lèvres d’un visage situé face à eux.

    Lors de cet entretien, Steve insistait sur le fait qu’il est « sourd (et sumain (3)) et non sourd-muet ». Même s’il était vrai que la présence d’Angélique facilitait la conversation, Steve se donnait la peine de répondre verbalement à chacune de mes questions ; cela malgré le fait que parler sans s’entendre, dérange par définition. Steve s’exprimait bien mais Angélique me confiait, que dans la vie courante, lorsqu’il leur arrivait d’échanger quelques paroles, elle devait par moment corriger son intonation qui pouvait alors être trop forte ou inversement trop faible.

    C’est à la crèche que Steve, âgé de deux ans, a été diagnostiqué sourd. Les débuts lui sont néanmoins flous. Ses parents en contact pour la première fois avec ce déficit auditif, ont dû apprendre la langue des signes pour la lui transmettre, avant de s’attaquer au français. « Apprendre le français a été difficile, particulièrement l’oralisation », témoigne t-il. L’apprentissage d’une langue orale devient laborieux si on ne peut compter sur sa mémoire auditive et l’ordre des mots diffère parfois entre la langue des signes française (LSF) et le français. Mais loin de nuire, le bilinguisme est un précieux atout, utile dans bien des contextes différents (travail, vie sociale avec des amis entendants qui ignorent la langue des signes). 

     

    Chez les sourds le bilinguisme se traduit par l’apprentissage d’une langue des signes et d’une langue orale (sous sa forme écrite, si possible parlée). Certains apprennent en plus, la langue des signes internationale qui équivaudrait à l’anglais chez les entendants.

    Ce sujet m’amène à me questionner sur l’apport d’une langue. N’est-elle pas plus qu’un outil de communication ? Mais aussi une porte d’accès à la culture, un moyen de développer nos capacités cognitives tel que le raisonnement, une possibilité d’établir des relations ou encore de nouer des liens avec le monde extérieur… François Grosjean, linguiste français exerçant à Neuchâtel, affirme dans ses écrits que la langue joue un rôle significatif sur « l’état sociable et affectif dun individu. Ce constat sapplique également pour la communauté sourde », pouvons-nous lire sur son site. Pour cette dernière, c’est la langue des signes qui constitue la première langue et qui prend en charge le développement du système linguistique durant l’enfance. A défaut d’entendre, le visuel finit par supplanter l’ouïe, et la langue visuelle devient dès lors essentielle. A la fin de son dossier : le droit de lenfant sourd à grandir bilingue (4), François Grosjean précise que miser uniquement sur une langue orale ferait courir de grands risques à l’enfant sourd ; ce qui pourrait compromettre son « épanouissement personnel » et son « besoin d’acculturation » entre le monde entendant et sourd.

    Comme pour toutes langues, la langue sumaine, dont on attribue le premier enseignement (5) sur territoire français en 1760 (6) à l’abbé de l’Epée ; comporte un lexique, une grammaire et une syntaxe. « La langue des signes n’est pas un jeu de mimes, ni un langage, c’est une langue qui nécessite d’être apprise, pour pouvoir être un jour parlée », souligne Steve. Dans le monde, estime-t-on, plus d’une centaine de langues des signes, dont 121 ont été à ce jour recensées ! Moi qui croyais que la langue des signes était une langue universelle, j’ai été surprise par sa diversité ; j’ai appris qu’on y établissait même des différences au sein de la langue des signes française (LSF). Ainsi, entre la Suisse et la France, certains mots ne se signent pas à l’identique. Néanmoins, la plus grande divergence de la LSF réside entre l’Europe et le Quebec.

    Association S5, basée à Genève. Sa vocation ? « Prôner une vision positive de la culture sumaine. »

    En ce début d’année 2021, l’Association S5 basée à Genève m’a conviée à une formation sur le concept Andragogique. Steve et la mère d’Angélique, Nathalie Palama, enseignent la langue des signes dans cette organisation. Plusieurs bâtiments blancs environnent ce site, parmi lesquels le numéro 4 porte un écriteau : Centre des Sourds de Genève. En me rapprochant, j’aperçois à travers les vitres les enseignants en pause. Nathalie également co-fondatrice de cette association, m’accueille, puis me présente à la formatrice du jour, venue expressément de l’île de la Réunion : Emmanuelle Boyer. Lors de cette formation entre enseignants, j’ai été fascinée par cette langue. Dans le silence le plus complet, les débats allaient bon train, plusieurs thèmes étaient abordés, débattus sans que les mots en vinssent à manquer. Certains se permettaient même de lancer quelques traits d’humour et suscitaient quelques éclats de rire autour d’eux. – Partout dans la salle, la langue des signes prenait vie et véhiculait les émotions et les convictions de chacun ! L’Association S5 existe depuis 10 ans. Sa vocation ? Diffuser la langue des signes et prôner une vision positive de la culture sumaine ! Nathalie et Steve sont en effet fiers d’être sourds, ce qui pourrait être perçu comme un handicap en fait leur singularité. Le terme émergent dans ce milieu : « sumain », synonyme de sourd, traduit cet état d’esprit.

    Emmanuelle Boyer, formatrice au sein de DOWE, est expressément venue de l’île de la Réunion pour présenter le concept Andragogique à l’Association S5.
    Nathalie Palama est également chargée de projet, responsable pédagogique et des finances au sein de l’Association S5

    Autrefois, l’intégralité de ce site était consacrée à la promotion de la culture sourde. Un des deux locaux de la Fédération Suisse des Sourds – l’association faîtière des sourds – y était également implanté. « Tous les bâtiments environnants étaient dédiés à la surdité. Mais l’Etat les a récupérés pour en faire un autre usage. » m’explique Nathalie. Elle et ses confrères sont attristés par ce démantèlement, car il a fragmenté le réseau de sourds qui s’y trouvait et rendu l’accès à la culture sourde plus compliquée… La Fédération Suisse des Sourds, quant à elle, s’est regroupée à Lausanne en 2013 dans le but de nationaliser ses actions par région.

    Sur papier, la cause de la surdité n’est qu’au stade embryonnaire en Suisse ; celle-ci s’inscrit parmi les derniers pays de l’Europe à ne pas reconnaître ses langues des signes (française (LSF), allemande (DSGS) et italienne (LIS)) à l’échelle nationale. Toutefois, en juin 2019 un postulat (7) a été déposé. Accepté en septembre 2019, par les Conseillers nationaux, ce projet est désormais entre les mains du Conseil Fédéral, qui a deux ans pour y répondre. En mentionnant la langue des signes dans leur constitution, seuls Genève et Zurich (8) adoptent une approche pionnière.« C’est un premier pas, mais il n’y a pas eu de grandes évolutions », déplore Steve. Pour Sandrine Burger, porte-parole de la Fédération Suisse des Sourds « la Constitution genevoise est intéressante, car elle reconnait, d’une part, la langue des signes et, d’autre part, l’article 16 (alinéa 2) force l’administration à s’adresser aux personnes atteintes d’handicap sous une forme adaptée, cela engage le personnel à communiquer en langue des signes si nécessaire.»

    Les bases légales commencent à se mettre en place pour la reconnaissance de la langue des signes … Dès lors, quelles actions concrètes permettraient d’améliorer la vie d’un sourd ? « Une des façons serait d’augmenter l’effectif des interprètes ou de développer la communication en langue des signes dans les endroits primordiaux tels qu’à la poste, la banque et l’hôpital, m’informe Steve. Mais nous devons reconnaître que la technologie nous a jusqu’à présent déjà bien aidés au niveau de l’accessibilité à l’information grâce aux sous-titres dans les films, à la traduction en langue des signes du téléjournal, les appels par vidéos, les sms et les e-mails. » Du côté de la Fédération Suisse des Sourds, faciliter l’accès à la santé est l’une de leurs grandes ambitions « Actuellement, il incombe aux personnes sourdes ou malentendantes de planifier la venue d’un interprète à l’hôpital lors de ses visites. Nous souhaitons que cette situation change. Cela devient problématique en plus lorsqu’une personne sourde se fait transporter en urgence, le personnel soignant ne sait souvent pas comment les prendre en charge. » me raconte Sandrine Burger.

    Après quelques jours, je suis retournée à l’Association S5 pour retrouver Angélique et Steve accompagnés d’une de leur amie sumaine, Farhia Ahmed. Farhia assure la production pour les médias de l’Association S5. Les retrouvailles « masquées », nous amène vers un nouveau sujet de discussion : la Covid19 ! La pandémie toujours en cours entrave leur communication car le masque cache les lèvres. « Nous n’obtenons les informations que par la vue, contrairement aux entendants. De ce fait, nous sommes souvent les derniers au courant des actualités » me précise Steve. Malgré tout, dans la vie courante, Steve n’a pas éprouvé plus de problèmes qu’avant ; « les personnes sont bienveillantes et retirent dans la mesure du possible leur masque pour se faire comprendre », me souffle-t-il. Steve constate même que les personnes font plus d’efforts : « lorsqu’elles sont dans l’impossibilité de retirer leur masque, ces dernières se mettent à mimer ou à griffonner quelques mots sur leur téléphone ou sur un bout de papier. » Selon lui ces gestes étaient moins fréquents avant la pandémie. 

    Farhia Ahmed sourde de naissance, est une amie de Steve et Angélique. Depuis un an, elle gère la production pour les médias de l’Association S5.

    L’histoire des sourds n’en est pas pour autant vraiment rose ; méprisés et marginalisés depuis la nuit des temps, ils ont un accès continuellement restreint à l’éducation et à la connaissances. Aux yeux de la société, les sourds furent même un temps considérés comme des « faibles d’esprits » ; des préjugés qui ont ouvert la voie aux discriminations. En Europe, le Congrès de Milan, tenu en 1880, avait par exemple réduit à néant l’héritage de l’abbé de l’Epée. Sous couvert de « normaliser » les sourds, tous les pays représentés, à l’exception des Etats-Unis, prônaient (de façon non-formelle toutefois) l’interdiction aux enfants de communiquer à l’aide de la langue des signes dans les salles de classe. Cette résolution pouvait même s’appliquer sur leur lieu de vie … « L’oralisme » devint le mot d’ordre ! Cette pratique a favorisé l’illettrisme et l’abandon des études pour ceux concernés par ce trouble sensoriel. 

    A la fin des années 1970, un nouveau souffle se fait ressentir. C’est ce que l’on nomme le « réveil sourd », un mouvement de reconnaissance de la langue des signes et de la promotion du bilinguisme (langue parlée et langue des signes). Le Congrès Mondial des Sourds de 1975 à Washington a très probablement permis cet essor ; du moins, il a encouragé l’échange entre les sourds américains et leurs contemporains de l’Hexagone qui vivaient sous une autre réalité. Réalisant les désastres qu’avaient provoqués le mépris de la langue des signes au sein de l’éducation, les sourds ont commencé en France à se mobiliser pour faire valoir leurs droits. Grâce à ces actions militantes, plusieurs associations se sont constituées dans l’Hexagone, puis en Europe ; toutes, dans le but de promouvoir le bilinguisme. « De par sa proximité avec la France, en Suisse, le réveil a débuté en Romandie, avec notamment la prise de conscience des sourds vis-à-vis de leurs droits, et larrivée de la première volée dinterprètes suite à des revendications » me décrit Sandrine Burger.

    Lorsque je demande à Steve un pays qui l’inspire, il me cite, sans surprise, les Etats-unis pour « l’université Gallaudet » ; la seule université au monde entièrement accessible en langue de signes ! Toutefois pour la vie courante, les pays scandinaves (Finlande, Suède ou Norvège) l’attirent. En Suisse romande, quatre écoles ont des classes consacrées à la surdité : l’Institut Saint-Joseph à Fribourg, le Centre de compétences en surdité de Montbrillant (CCS) à Genève, l’Ecole Collines au Valais et l’Ecole cantonale pour les enfants sourds (ECES) à Lausanne. Selon Steve, les écoles pour les sourds sont manquantes en Suisse, les enfants doivent souvent suivre les cours dans des classes classiques qui ne répondent pas suffisamment à leurs besoins.

    Gauche : Adel Hamdan, Audioprothésiste, fondateur de NovaSon (acoustique médicale). Il a reçu plusieurs mentions pour des appareils auditifs qu’il a lui-même crées ! Haut - Droite : Nouveauté : Appareil auditif doté de piles rechargeables.

    A ce jour, la solution miracle est toujours recherchée, aucun dispositif ne permet d’obtenir ou de retrouver une audition naturelle pour les personnes atteintes de surdité sévère. Plusieurs aides se vendent dans des magasins d’audition ; notamment des appareils auditifs, et dans les hôpitaux sont apparues certaines innovations, tels que l’implant cochléaire ou l’implant à ancrage osseux. Ces outils rendent possible la perception des sons, de la musique, voire des paroles.  Bien entendu, la recommandation d’un appareillage ou d’une opération dépend du type et du degré de surdité. Du point de vue financier, « les appareils auditifs ne sont que partiellement remboursés, mais l’opération avec l’implant cochléaire l’est à 100% », m’expose Angélique. Toutefois face à ces avancées, certains sont méfiants et y dénoncent une approche qui devient trop médicalisée. Selon eux, ce dernier choix leur est de plus en plus imposé… Steve n’est pas contre l’implant cochléaire mais pense qu’il n’est pas bon de le faire précocement. Pour lui, l’idéal serait que l’enfant (ou jeune adulte), puisse prendre la décision de son plein gré lorsqu’il aura conscience des conséquences que cette opération génère. L’implant cochléaire implique la présence d’un morceau de métal dans le cerveau ; cela signifie que l’individu implanté ne peut plus être disposé à recevoir un électrochoc en cas de malaise, subir un IRM, faire de la plongée et cela engage à consulter un logopédiste une fois par semaine par exemple, m’indiquent Steve et Farhia. Steve maintient également l’importance de préserver la langue des signes pour les enfants sourds, même implantés.

    En 40 ans, le réveil sourd a laissé entrevoir quelques lueurs d’espoir : de nouvelles associations de diffusion de la langue des signes se sont constituées, les médias sous-titrent de plus en plus, la culture s’ouvre gentiment à eux, etc. Mais le combat est toujours là et les craintes restent palpables ; l’histoire des sourds a déjà prouvé qu’un essor peut être mis à mal la génération suivante… Steve est inquiet et parle d’un « génocide culturel et linguistique » ou encore de « laudisme ». Pour lui, une invention médicale (implant cochléaire) peut compromettre le bilinguisme à nouveau. Une chose est sûre pour l’Association S5, la langue et culture sumaines doivent être conservées et surtout diffusées !

    Angélique et Steve signent « Je t’aime »

    Remerciements :

    Associations S5 : Steve Mateus, Angélique Palama, Nathalie Palama, Philippe Palama, Farhia Ahmed ;  Fédération Suisse des Sourds : Sandrine Burger ;  NovaSons : Adel Hamdan, Dowe : Emmanuelle Boyer, David Vangelista et Susi.

    Sites :

     Fédération Suisse des Sourds : https://www.sgb-fss.ch/fr/

    Association S5 : http://www.s-5.ch

    Dowe : http://DOWE.re

    NovaSons : https://www.novason.ch/votre-audioprothesiste/l-equipe-novason.html

    Notes :

    (1) Selon la Fédération Suisse des Sourd, en Suisse, 600’000 malentendants sont recensés.

     (2) Le mot « sumain » est composé en 2 parties : /su/ de l’espagnol, qui veut dire « votre » et du mot  /main/ français. 

    (3) La notion de ce terme “Sumain” renvoie à la dimension socio-linguistique et socio-culturelle.

    (5) La langue des signes existait de façon non-officielle avant l’abbé de l’Epée. L’abbé de l’Epée a permis sa diffusion et son perfectionnement grâce à son institution qui regroupaient des élèves sourds.

    (8) Précision de la Fédération Suisse des sourds : “le canton de Vaud n’a pas encore officiellement reconnu la langue des signes mais elle est sur la bonne voie. Le 9 février 2021, les députés ont adopté une initiative demandant la reconnaissance de la langue des signes dans la constitution, le Conseil d’Etat doit désormais prendre position (accepter, refuser, proposer contre-projet). Cette décision sera par la suite transmise à une commission puis votée en plénière au Grand Conseil. C’est à ce moment que ce projet sera rendu officiel.”

    Sources annexes:

    (4) François Grosjean : https://www.francoisgrosjean.ch et https://www.francoisgrosjean.ch/French_Francais.pdf

    (6) Le réveil Sourd en France – André Minguy : https://www.cultura.com/le-reveil-sourd-en-france-pour-une-perspective-bilingue-tea-9782336253626.html //  Extrait : http://liseuse.harmattan.fr/978-2-296-07898-7

    (7) https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20193684

    Sumain & Renyoné : https://www.sumains.re/post/sumain-c-est-quoi

    Ecoles de sourds en Suisse romande : https://www.csps.ch/fr/Accompagnement-020-ans/Scolarit-obligatoire/Scolarit-dans-une-structure-spcialise-prestations-centralises/page34588.aspx

  • faune locale,  Wonder Fauna

    Le hérisson, un animal menacé de disparition ?

    Le hérisson, cet animal qui nous est pourtant si commun, se trouve menacé de disparition. À ce jour, la Suisse ne dispose pas de données suffisantes, mais en Angleterre une étude de l’Université de Nottingham (1) a démontré qu’au cours de cette dernière décennie, la population de hérissons a chuté de plus de 25% (2). Ils auraient été environ 30 millions en 1950 puis seulement 1.5 millions en 1995. Christina Meissner, fondatrice du centre « SOS hérissons » à Genève, lutte pour préserver cette espèce. Le centre, créé en 2006, a recueilli 258 hérissons en 2019 dont 151 ont pu être guéris puis relâchés.
    Christina Meissner, fondatrice du centre SOS Hérissons Genève
    Christina Meissner, que représente cet animal à vos yeux ?


     Le hérisson est l’ambassadeur de la biodiversité par excellence. Personne ne sait ce qu’est la biodiversité, et pourtant tout le monde souhaite la préserver. Il est l’un des rares mammifères sauvages acceptant volontiers de nous côtoyer (à condition d’avoir un jardin). Avec lui nous sommes face à face avec la biodiversité. Ce que nous pouvons faire pour le hérisson, tous les animaux en bénécieront et donc la biodiversité aussi.


    Que faut-il faire si nous en voyons un au bord de la route, par exemple ?


     En premier lieu, si nous voyons un hérisson au bord de la route ou ailleurs en plein jour, c’est mauvais signe! Parce que le hérisson est un animal nocturne, s’il sort en plein jour, il va contre son instinct naturel, et il y va, car il a froid. S’il a froid, c’est qu’il est malade, amaigri ou blessé. Dans un premier temps, nous pouvons l’aider, en le mettant dans une caisse avec une bouillotte (même improvisée avec une bouteille d’eau chaude) en le rentrant puis en contactant un centre de soin, car il est vrai que ce n’est pas toujours évident de s’en occuper soi-même. Cela vaut pour les hérissons trouvés en plein jour, quelle que soit la période de l’année. 

    Que pouvons-nous faire pour préparer au mieux son hibernation?


     A l’automne, le hérisson a besoin de trouver un gîte pour pouvoir hiberner. C’est pourquoi, il ne faut pas évacuer les feuilles mortes, bien au contraire, celles-ci servent de nourriture pour la faune sauvage, car elles regorgent de vers et d’insectes. L’idéal serait de les mettre en tas ou sous une haie. En se décomposant, elles formeront le meilleur engrais naturel que vous puissiez trouver pour les platebandes et elles représenteront aussi un excellent gîte pour le hérisson. Il est utile de préserver également les herbes sèches, car elles sont des supports hivernaux pour les insectes, leur permettant de boucler leur cycle de vie (larve, cocon, etc.). Les insectes qui, je le rappelle, sont à la base de la chaine alimentaire. 

    Combien de temps dure l’hibernation?
    L’hibernation chez le hérisson est une stratégie de survie et non une obligation ! S’il ne trouve pas de nourriture, il peut très bien hiberner en été (estiver). À l’inverse, s’il trouve de la nourriture, le hérisson n’a pas de véritables raisons d’hiberner. Il ne s’agit donc pas d’une hibernation continue ( n octobre à n mars). C’est pour cela qu’il est bien de laisser un peu de nourriture (Patée et/ ou croquettes pour chat + eau) car ce petit mammifère va se réveiller plusieurs fois en fonction des températures pour éliminer ses toxines. Le poids minimum pour un hérisson devrait être de 500 g en septembre, 600 g en octobre et de 700 g en novembre.
  • environnement,  Wonder Fauna

    La fondation MART lutte contre les déchets mais encore…

    tChaque année plusieurs associations entreprennent des actions de nettoyage en Suisse afin de sensibiliser petits et grands sur les répercussions des déchets. Parmi elles figure la fondation MART, créée par Kate Amiguet en 1999. Son acronyme désigne « Mouvement pour les Animaux et le Respect de la Terre ». Depuis 2010, la fondation MART dispose aussi d’une chaîne documentaire retraçant ses actions sur le terrain et propose des documentaires sur les animaux et la nature. C’est notamment grâce aux films « déchets » et « bouts de nature » réalisés par Kate Amiguet que j’ai découvert cette fondation.

    Kate Amiguet : deux fois par année, la fondation MART organise un nettoyage sur les rives de Noville ; quelle est la particularité de ce lieu ? 

    Nous organisons des nettoyages sur les rives de Noville car il s’agit d’une réserve naturelle intégrale d’importance internationale qui est significative pour la biodiversité. De très nombreux oiseaux migrateurs viennent y faire escale et en particulier pour s’y reproduire au printemps. Mais ce lieu est l’un des plus sales de Suisse pour plusieurs raisons: le Rhône y amène beaucoup de déchets ainsi que les vagues et les courants du lac Léman. Rappelons que le lac est entouré de deux pays et plusieurs cantons qui ne disposent pas des mêmes normes environnementales, les déchets sont par conséquent, difficiles à gérer et c’est malheureusement la nature « qui trinque ».

    Avec Matthieu Müller, membre de l'équipe Wonder Fauna, nous avons également pris part au nettoyage à Noville

    Avez-vous constaté un progrès par rapport aux précédentes années ?

    Nous ramassons plus ou moins la même quantité de déchets annuellement. Par contre leurs provenances varient. Ce qui est sûr, c’est que les 95 % de ce que nous ramassons sont d’origines plastiques.

    Quels déchets plastiques ramassez-vous ? 

    Nous trouvons principalement des micro-déchets; des cotons tiges pour les oreilles que les gens jettent dans les toilettes, des emballages pour l’alimentation, des bouteilles en PET, des chaussures, des ballons de foot et des millions de particules polystyrène; ces dernières provenant principalement de chantiers de construction mal protégés et gérés, etc… La liste est sans fin !

    A la fin de votre film « déchets », vous avez fait appel à un hélicoptère pour y ramasser les déchets. Pourriez-vous nous donner une idée de la quantité de déchets qui y est ramassée lors d’un de vos nettoyages ?

    Je n’aime pas communiquer en terme de « kilos », car cela est trompeur. Nous pouvons parfois, par exemple, récupérer des mousses qui sont imbibées d’eau, ce qui rajoute très vite du poids.

    Au niveau du volume, nous ramassons en général 4 bennes de 5 mètres cubes de déchets ramassés sur une bande d’1,5 kilomètre de rive nettoyée.

     C’est un travail titanesque et nous devons parfois ramasser les déchets à la pelle, car il s’agit de millions de micro particules ! 

    Selon vous, quels sont les animaux sauvages les plus touchés par cette situation ?

    Les oiseaux et les poissons, mais également les sangliers, les chevreuils, les renards qui viennent dans cette réserve et qui les ingèrent malgré eux. En effet, les micro-déchets sont souvent confondus avec de la nourriture ou alors certains animaux ont du mal à trier ceux collés aux végétaux. Toutefois, je n’ai jamais fait d’autopsies de ces animaux, mais plusieurs études faites sur des îles couvertes de déchets prouvent le lien de causalité entre les déchets et la mort de ces animaux. En Suisse, c’est plus difficilement réalisable car la carcasse de ces animaux est consommée par les prédateurs. De plus, les seules fois que nous nous rendons dans cette réserve est  uniquement pour des nettoyages.

    Vous mentionnez la présence de sites contaminés dans vos films documentaires: « Déchets » et « Bouts de nature ». Selon l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV) il y a plus de 38’000 sites contaminés qui y sont  répertoriés en Suisse. Quelle est l’origine de ces sites ?

    A l’époque, lorsque nous n’avions pas encore d’usines d’incinération, les habitants déversaient leurs déchets, soit dans des endroits spécifiques tel qu’un dépotoire (ruclon), soit un peu partout (rivières, ravins, étangs, forêts, grottes etc…) . Quant aux décharges chimiques, elles proviennent de sociétés telles que la chimie montheysanne (Tamoil, Béa SF ou encore la Lonza etc…) . Ces décharges sont de véritables bombes à retardement, les assainir est un gros défi et coûte des centaines de millions!

    Quelles découvertes avez-vous faites à ce sujet ?

    J’ai enquêté par exemple pendant plusieurs années sur les sites contaminés du Chablais. Dans cette région, il n y a pas un kilomètre carré qui ne comporte pas un site pollué, que ce soit un ruclon ou une décharge chimique. La plupart d’entre eux n’étaient pas officiellement reconnus en tant que tels. Il a fallu batailler pour que mon travail soit pris en compte et que certains sites soient assainis. 

    Ma dernière investigation était la décharge des Saviez, située sur la commune de Noville. Alertée par une énorme buse à proximité de la réserve des Grangettes qui projetait de l’eau contaminée sur la forêt, j’ai fait cesser cela immédiatement et j’ai commencé à m’intéresser de plus près à ce site. Nous avons fait des analyses et les résultats étaient terrifiants ! D’autant plus que ces eaux polluées transitent à travers une réserve d’importance internationale, puis finissent dans le lac Léman, qui je le rappelle, alimente en eau potable toute la Riviera. 

    Ce site contaminé est une véritable catastrophe pour la nature et il est regrettable que nos autorités se préoccupent plus des finances, que de la nature…

    Dans le Chablais, Tamoil et la chimie montheysanne ont par ailleurs contaminé toute la nappe phréatique,  de même qu’un puit d’eau potable de la commune d’Ollon.

    Réduire les déchets serait déjà une solution pour éviter de créer davantage de sites contaminés… Quelles solutions préconisez-vous ? 

    Oui, absolument. A titre personnel, je dirais qu’il faudrait bannir les sacs plastiques en ayant recours plutôt à des sacs réutilisables, par exemple en jute ou en cotton. Même si le PET se recycle, c’est quand même une matière qui est composée de pétrole. Il faudrait revenir au système des bouteilles en verre avec la consigne qui nous oblige à les ramener.

     Il y a aussi un travail considérable à faire pour réduire ce surplus d’emballages que nous trouvons actuellement sur les fruits, les légumes et sur plein d’autres produits… Nous pourrions très bien venir avec nos bocaux et nos sacs etc.. comme nous le voyons dans certains magasins bios ou en vrac. Il y a vraiment mille solutions qui sont faciles à mettre en place dans notre quotidien, et qui sur le long terme réduisent la quantité de déchets que nous émettons individuellement !

    De plus, nous pourrions aussi penser à se partager certains objets tels que tondeuse, débrousailleuse, machine à vapeur ou autres objets que nous n’utilisons pas quotidiennement. Ce serait un bon geste pour la planète, mais aussi pour le porte monnaie de chacun.

    Dans votre film « Déchets » vous évoquez l’importance de l’éducation pour sensibiliser la jeunesse à ce problème. Qu’est-ce que l’État pourrait donc mettre en place pour réduire les incivilités?

    Pour rebondir sur l’éducation, celle-ci doit être premièrement instaurée par les parents! 

    Avec ma fondation, nous organisons régulièrement des cours de sensibilisation auprès des élèves. Nous leurs montrons premièrement mon film « déchets » puis nous les emmenons sur le terrain pour une action de nettoyage. Le but étant qu’ils puissent se rendre compte que chaque petit geste peut avoir des conséquences désastreuses pour la nature. 

    Il serait bien que l’État rende obligatoire des cours sur l’environnement dans les écoles. La confédération devrait interdire les sacs plastiques et les objets à usage unique, de même que les emballages inutiles des fruits et légumes par exemple. Si l’information est utile parfois la répression est nécessaire. Une Police des déchets et de protection de la nature devrait être mise en place pour faire cesser les incivilités. En effet, parfois seuls des amendes dissuadent les gens de mal se comporter.

    Le prochain nettoyage à Noville a lieu le samedi 29 août. Pour rejoindre la fondation MART dans cette lutte contre les déchets : https://www.mart.ch/futures-actions-nature

     

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    Sos chats Noiraigue, n’est pas qu’une affaire de chats …

    Entourée de ses 110 chats, Tomi Tomek, est depuis 1981 la co-fondatrice du sanctuaire « SOS Chats Noiraigue». De la maltraitance à l’abandon, ces pensionnaires ont pour la plupart connus une vie difficile. Mais ce n’est pas la seule vocation de cette association, qui s’engage depuis 2019, à des missions de sauvetage de faons avant la fauche des champs. Un travail mené par son assistante Aurore Lecerf. Au travers de cette interview, Tomi Tomek et Aurore Lecerf témoignent de leur quotidien.

    Tomi Tomek, comment a débuté l’histoire de votre refuge pour chats ?

    Le projet a commencé en 1981. Lorsque Elisabeth Djordjevic et moi sommes venues vivre dans ce canton, nous étions choquées. Les chats errants étaient en effet tués par les paysans, les gardes chasse (gardes faune selon les cantons) ou empoisonnés par les citoyens… Cela nous paraissait injuste! Nous avons de ce fait, pris à notre charge la plupart de ces chats errants. Peu de temps après, les dirigeants de la société protectrice des animaux (S.P.A) du Locle, nous ont contacté. Ayant entendu des échos positifs sur notre refuge, ils nous ont aussitôt confié plusieurs chats. Notre mission était de les apprivoiser et de les soigner, afin que cette association les récupèrent pour les placer. Mais une fois les chats guéris, la S.P.A n’était plus en mesure de les reprendre… Elle était au complet! Par conséquent, nous avons contacté le vétérinaire fédéral, puis cantonal, tous deux nous ont dit qu’il n’existait aucune institution pour les chats maltraités, sauvages ou difficiles de caractère. Les solutions existantes étaient radicales: il s’agissait de les tirer ou de les euthanasier ! « Si ce jugement nous paraissait inacceptable, nous n’avions qu’à créer un centre nous même » nous disaient-t-ils… C’est ce que nous avons fait ! 

    Quels sont les objectifs de votre association ? (T.T)

    Nous réceptionnons actuellement des chats condamnés à l’euthanasie, que cela soit des chats caractériels, handicapés, ou même drogués par leurs propriétaires toxicomanes ! Ces chats ont beaucoup souffert, c’est pourquoi il est primordial pour nous, de leurs offrir une vie digne et cela même s’ils sont agés.

    Notre second but est celui d’être actif dans la sensibilisation du public. Dans notre refuge, nous planifions ainsi régulièrement des visites pour les enfants et les adultes et nous essayons aussi de sensibiliser le public à travers nos parutions dans les journaux.

    Les chats errants prolifèrent en Suisse. Quelle est votre opinion sur la stérilisation et la castration ? (T.T)

    C’est un sujet important ! Nous souhaitons nous investir davantage dans les campagnes de sensibilisation, car les stérilisations et les castrations sont essentielles pour que la surpopulation de chats s’arrête ! En 2013, nous avons crée une fondation qui soutient notre association ainsi que des actions de stérilisation et de castration. Grâce à ce projet, nous sommes en mesure désormais de proposer une aide financière à la commune ou aux paysans et/ou agriculteurs qui ne souhaitent pas financer ce genre de démarche.

    Quels avantages confèrent une stérilisation ou une castration ? (T.T)

    La stérilisation (1) et la castration est un sujet qui fait débat mais de nombreux avantages sont pourtant liés à cette pratique :

    Tout d’abord, les mâles tout comme les femelles deviennent plus serein(e)s, une fois stérilisé(e)s ou castré(e)s. Les femelles non stérilisées peuvent en effet mettre bas jusqu’à 2 à 3 portées annuellement, ce qui est extrêmement lourd pour elles. Les mâles entiers, quant à eux, poussés par leurs hormones, se battent entre eux, et finissent ainsi, souvent grièvement blessés !

    Du point de vue de leurs santés, ce procédé diminue pour les chattes, le risque de contracter le cancer des mamelles. 

    La stérilisation ou la castration des chats d’appartements limite également les dégâts dans les habitations, les odeurs désagréables d’urine et surtout un surpeuplement de chats qui se retrouvent sans adoption…

    Par ailleurs, certaines personnes pensent que les chats une fois stérilisés ou castrés chassent moins, mais c’est plutôt le contraire qui se produit, puisque les chats ne cherchent plus à se reproduire, ils sont plus patients à la chasse. 

    Comment faîtes-vous pour gérer vos 110 chat et les missions annexes de votre refuge ? (T.T)

    Au sein de mon association, je travaille avec une équipe de 5 personnes, engagées à mi-temps. Il est important que les employés sachent tout faire ! La propreté est un point pour lequel, je me montre particulièrement vigilante, car s’il y a de la négligence, de nombreuses maladies peuvent être transmises aux chats. Par exemple, la maladie féline du PIF (Péritonite infectieuse féline) (2)  responsable de la mort de nombreux chats, peut vraisemblablement provenir des selles de ces félins. C’est pourquoi, nous nettoyons régulièrement le refuge ! 

    Que stipule la loi sur les chats errants à Neuchâtel ? (T.T)

    J’aimerais vraiment que notre canton change la loi qui est établie sur les chats errants ! À Neuchâtel, si un chat se trouve à 200 mètres d’une habitation, l’habitant au bénéfice d’un port d’arme, est autorisé à l’abattre ! En Argovie, la seule condition pour abattre un chat errant, est que vous habitiez derrière une forêt. À Berne, il faut que le chat se trouve à une distance de 100 mètres d’une habitation. Chaque canton y va donc de sa propre loi…

    De plus, les chats errants font malheureusement partie des nuisibles, d’après l’article 5 de la chasse. Cela signifie que les chasseurs peuvent légalement les abattre toute l’année ! Mais comment faire pour différencier les chats errants, des chats des propriétaires ? Ces derniers portent en effet, de moins en moins de colliers suite à l’introduction de la puce électronique…

     

    SOS chats Noiraigue lutte aussi pour la cause des faons. D’où provient votre intérêt pour la faune sauvage ? (T.T) 

    Depuis mon enfance, j’ai toujours été sensible à la faune sauvage. J’habite dans une maison située dans la réserve du Creux du Van, cela me permet d’y observer régulièrement les chevreuils, les faons, et bien d’autres animaux … Par ailleurs, avant la fauche des champs, avec ma compagne Elizabeth Djordjevic, nous avons toujours accompagné les paysans, afin de nous assurer qu’il n’y ait pas de faon. 

    Mais un déclic s’est produit, il y a trois ans. Ce jour-là, j’ai croisé en me promenant un agriculteur qui sous la précipitation de son travail, a coupé involontairement un faon en deux ! Cette horrible image me trotte encore dans la tête ! C’est comme si le destin m’appelait à mettre en place quelque chose pour les protéger ! Grâce aux médias, j’ai appris que le drone pouvait permettre de répertorier les faons dans les champs. Cette idée me semblait intéressante. J’ai partagé ainsi cette découverte à Aurore, qui a immédiatement manifesté un intérêt. Aurore a aussitôt suivi une formation pour pouvoir piloter le drone. Malgré le coût conséquent d’un drone équipé d’une caméra infrarouge, (la somme s’élevait à 10 000 frs), nous sommes parvenues à financer cet appareil, grâce aux soutiens de fondations et de particuliers.

    Aurore Lecerf, au sein de « SOS chats Noiraigue », vous vous occupez des missions de sauvetages de faons sur le territoire de Neuchâtel. Est-ce qu’il vous arrive de trouver d’autres animaux dans les champs ?

    Oui. L’année passée (2019), j’ai trouvé pour la première fois un blaireau. Les blaireaux n’ont pas de prédateurs et dorment profondément. Sans mon intervention, il n’aurait probablement pas entendu la faucheuse… Néanmoins, ce sont principalement des faons que nous trouvons. Ces animaux inodores ont l’instinct durant leurs trois premières semaines de vie, de se coucher, et de ne plus bouger. Cela leurs permet de ne pas se faire remarquer par leurs prédateurs, mais les empêche cependant de fuir lors de la fauche.

    La recherche des faons se fait surtout au mois de mai et de juin. Pourquoi donc cette période ? (A.L)

    Cette période coïncide avec la mise-bas des faons. Vers fin juillet, les faons sont suffisamment grands. Ils partent ainsi d’eux-mêmes durant les moissons de blé. Cependant, par précaution, je prolonge mes interventions dans les champs jusqu’à début juillet, afin d’éviter tout accident. En effet, il y’a deux ans (2018), par exemple, un agriculteur nous a dit qu’il avait fauché un faon le 29 juin…

    Comment faut-il procéder pour trouver les faons ? (A.L)

    Les agriculteurs me contactent tout d’abord par téléphone. Avant mes interventions, j’essaie de connaître à l’avance le numéro de la parcelle du champ. Cela me permet de planifier mon vol la veille, sur l’application que j’utilise. Pour optimiser les recherches de faons dans les champs, je fais en sorte d’être toujours accompagnée et d’opérer entre 4:30 à 8:30 du matin. Après cet horaire, il est plus difficile de détecter des faons. La terre commence en effet à se réchauffer, ce qui fait apparaître d’autres points chauds sur ma tablette. Des pierres, des zones sans herbe, etc, deviennent ainsi de nouveaux points chauds.

    Une fois programmé, mon appareil est mis sous pilotage automatique. Quand je localise un point chaud, dans un premier temps, je m’en approche avec le drone. En fonction de la réaction observée sur ma tablette, de la couleur thermique et de la taille du point, j’essaie de déterminer s’il peut s’agir potentiellement d’un animal. Par exemple, si je survole un chevreuil adulte, il partira lorsque le drone s’approchera. En cas de doute sur la nature du point chaud, je me rends à pied sur le lieu indiqué. Je contrôle par ailleurs, toujours le point chaud après coup, (dans le cas où il s’agissait d’un animal adulte) pour m’assurer qu’il n’y a pas également de petit !

    Que faites-vous lorsque vous détectez un faon ? (A.L)

    Lorsque nous trouvons un faon dans un champs, nous le sécurisons en plaçant un cageot dessus le temps de la fauche. Si le faon est suffisamment grand pour fuir, nous le repoussons vers la forêt la plus proche. Il est primordial de ne pas les toucher! En effet, si nous dérogeons à cette règle, la mère l’abandonnera ou il sera repéré par ses prédateurs… Dans tous les cas, nous demandons aux agriculteurs de venir faucher le plus rapidement possible pour éviter que le faon ne revienne entretemps, dans le cas contraire, nous leurs suggérons de revoir la zone à pied.

    Combien de faons trouvez-vous en moyenne par champ ? (A.L)

    Dans certains champs, nous pouvons en trouver trois d’un coup, et dans d’autres, aucun. Ce n’est pas une science exacte, mais en moyenne, nous trouvons environ deux faons pour trois champs. Nous recommandons par ailleurs aux agriculteurs, d’observer leurs champs en amont, pour nous informer sur la présence éventuelle d’un animal. En général, la plupart le font déjà.

     Pour terminer, avez-vous une anecdote à nous partager sur vos missions de sauvetage de faon ? (A.L)

    Oui, la première fois que j’ai découvert un faon, fut un moment très émouvant. Arrivée devant lui, je ne sais pas qui de nous deux, a été le plus impressionné ! En revanche, cette première mission était un peu chaotique en raison de mon manque d’expérience et d’organisation. J’ai survolé ainsi un champ trois fois plus grand que ce qu’il était en réalité, en utilisant quatre batteries alors que désormais j’en utiliserai qu’une pour un tel champ ! Mais malgré tout, la bonne nouvelle est que les faons ont pu être sauvés !

    Les services de sauvetage de faons ne sont qu’à leurs débuts dans le canton de Neuchâtel. L’équipe de SOS CHATS NOIRAIGUE  est toujours à la recherche de bénévoles pour les accompagner durant ces missions. Je vous rappelle que les associations à but non lucratif financent leurs onéreuses dépenses (frais vétérinaires, soins, nourriture, etc.) grâce aux dons. N’hésitez donc pas à les soutenir et à partager cet article, afin de nous aider à diffuser de la connaissance à ce sujet.

    Site SOS CHATS NOIRAIGUE : https://www.soschats.org

    (1) Une mauvaise définition circule au sujet de la castration/stérilisation. On a souvent tendance à penser que la castration concerne les mâles et la stérilisation les femelles. Or ce n’est pas vrai nous pouvons très bien stériliser un mâle et inversement, ce sont deux actions différentes. Voir les deux définitions:

    Castration: https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/castration/13676

    Stérilisation: https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/stérilisation/74670

    (2) PIF maladie mortelle, extrêmement contagieuse et qui peut conduire à la mort du félin. Elle produit notamment de forte fièvre et infecte le foie, les reins etc.