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    La fondation MART lutte contre les déchets mais encore…

    tChaque année plusieurs associations entreprennent des actions de nettoyage en Suisse afin de sensibiliser petits et grands sur les répercussions des déchets. Parmi elles figure la fondation MART, créée par Kate Amiguet en 1999. Son acronyme désigne « Mouvement pour les Animaux et le Respect de la Terre ». Depuis 2010, la fondation MART dispose aussi d’une chaîne documentaire retraçant ses actions sur le terrain et propose des documentaires sur les animaux et la nature. C’est notamment grâce aux films « déchets » et « bouts de nature » réalisés par Kate Amiguet que j’ai découvert cette fondation.

    Kate Amiguet : deux fois par année, la fondation MART organise un nettoyage sur les rives de Noville ; quelle est la particularité de ce lieu ? 

    Nous organisons des nettoyages sur les rives de Noville car il s’agit d’une réserve naturelle intégrale d’importance internationale qui est significative pour la biodiversité. De très nombreux oiseaux migrateurs viennent y faire escale et en particulier pour s’y reproduire au printemps. Mais ce lieu est l’un des plus sales de Suisse pour plusieurs raisons: le Rhône y amène beaucoup de déchets ainsi que les vagues et les courants du lac Léman. Rappelons que le lac est entouré de deux pays et plusieurs cantons qui ne disposent pas des mêmes normes environnementales, les déchets sont par conséquent, difficiles à gérer et c’est malheureusement la nature « qui trinque ».

    Avec Matthieu Müller, membre de l'équipe Wonder Fauna, nous avons également pris part au nettoyage à Noville

    Avez-vous constaté un progrès par rapport aux précédentes années ?

    Nous ramassons plus ou moins la même quantité de déchets annuellement. Par contre leurs provenances varient. Ce qui est sûr, c’est que les 95 % de ce que nous ramassons sont d’origines plastiques.

    Quels déchets plastiques ramassez-vous ? 

    Nous trouvons principalement des micro-déchets; des cotons tiges pour les oreilles que les gens jettent dans les toilettes, des emballages pour l’alimentation, des bouteilles en PET, des chaussures, des ballons de foot et des millions de particules polystyrène; ces dernières provenant principalement de chantiers de construction mal protégés et gérés, etc… La liste est sans fin !

    A la fin de votre film « déchets », vous avez fait appel à un hélicoptère pour y ramasser les déchets. Pourriez-vous nous donner une idée de la quantité de déchets qui y est ramassée lors d’un de vos nettoyages ?

    Je n’aime pas communiquer en terme de « kilos », car cela est trompeur. Nous pouvons parfois, par exemple, récupérer des mousses qui sont imbibées d’eau, ce qui rajoute très vite du poids.

    Au niveau du volume, nous ramassons en général 4 bennes de 5 mètres cubes de déchets ramassés sur une bande d’1,5 kilomètre de rive nettoyée.

     C’est un travail titanesque et nous devons parfois ramasser les déchets à la pelle, car il s’agit de millions de micro particules ! 

    Selon vous, quels sont les animaux sauvages les plus touchés par cette situation ?

    Les oiseaux et les poissons, mais également les sangliers, les chevreuils, les renards qui viennent dans cette réserve et qui les ingèrent malgré eux. En effet, les micro-déchets sont souvent confondus avec de la nourriture ou alors certains animaux ont du mal à trier ceux collés aux végétaux. Toutefois, je n’ai jamais fait d’autopsies de ces animaux, mais plusieurs études faites sur des îles couvertes de déchets prouvent le lien de causalité entre les déchets et la mort de ces animaux. En Suisse, c’est plus difficilement réalisable car la carcasse de ces animaux est consommée par les prédateurs. De plus, les seules fois que nous nous rendons dans cette réserve est  uniquement pour des nettoyages.

    Vous mentionnez la présence de sites contaminés dans vos films documentaires: « Déchets » et « Bouts de nature ». Selon l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV) il y a plus de 38’000 sites contaminés qui y sont  répertoriés en Suisse. Quelle est l’origine de ces sites ?

    A l’époque, lorsque nous n’avions pas encore d’usines d’incinération, les habitants déversaient leurs déchets, soit dans des endroits spécifiques tel qu’un dépotoire (ruclon), soit un peu partout (rivières, ravins, étangs, forêts, grottes etc…) . Quant aux décharges chimiques, elles proviennent de sociétés telles que la chimie montheysanne (Tamoil, Béa SF ou encore la Lonza etc…) . Ces décharges sont de véritables bombes à retardement, les assainir est un gros défi et coûte des centaines de millions!

    Quelles découvertes avez-vous faites à ce sujet ?

    J’ai enquêté par exemple pendant plusieurs années sur les sites contaminés du Chablais. Dans cette région, il n y a pas un kilomètre carré qui ne comporte pas un site pollué, que ce soit un ruclon ou une décharge chimique. La plupart d’entre eux n’étaient pas officiellement reconnus en tant que tels. Il a fallu batailler pour que mon travail soit pris en compte et que certains sites soient assainis. 

    Ma dernière investigation était la décharge des Saviez, située sur la commune de Noville. Alertée par une énorme buse à proximité de la réserve des Grangettes qui projetait de l’eau contaminée sur la forêt, j’ai fait cesser cela immédiatement et j’ai commencé à m’intéresser de plus près à ce site. Nous avons fait des analyses et les résultats étaient terrifiants ! D’autant plus que ces eaux polluées transitent à travers une réserve d’importance internationale, puis finissent dans le lac Léman, qui je le rappelle, alimente en eau potable toute la Riviera. 

    Ce site contaminé est une véritable catastrophe pour la nature et il est regrettable que nos autorités se préoccupent plus des finances, que de la nature…

    Dans le Chablais, Tamoil et la chimie montheysanne ont par ailleurs contaminé toute la nappe phréatique,  de même qu’un puit d’eau potable de la commune d’Ollon.

    Réduire les déchets serait déjà une solution pour éviter de créer davantage de sites contaminés… Quelles solutions préconisez-vous ? 

    Oui, absolument. A titre personnel, je dirais qu’il faudrait bannir les sacs plastiques en ayant recours plutôt à des sacs réutilisables, par exemple en jute ou en cotton. Même si le PET se recycle, c’est quand même une matière qui est composée de pétrole. Il faudrait revenir au système des bouteilles en verre avec la consigne qui nous oblige à les ramener.

     Il y a aussi un travail considérable à faire pour réduire ce surplus d’emballages que nous trouvons actuellement sur les fruits, les légumes et sur plein d’autres produits… Nous pourrions très bien venir avec nos bocaux et nos sacs etc.. comme nous le voyons dans certains magasins bios ou en vrac. Il y a vraiment mille solutions qui sont faciles à mettre en place dans notre quotidien, et qui sur le long terme réduisent la quantité de déchets que nous émettons individuellement !

    De plus, nous pourrions aussi penser à se partager certains objets tels que tondeuse, débrousailleuse, machine à vapeur ou autres objets que nous n’utilisons pas quotidiennement. Ce serait un bon geste pour la planète, mais aussi pour le porte monnaie de chacun.

    Dans votre film « Déchets » vous évoquez l’importance de l’éducation pour sensibiliser la jeunesse à ce problème. Qu’est-ce que l’État pourrait donc mettre en place pour réduire les incivilités?

    Pour rebondir sur l’éducation, celle-ci doit être premièrement instaurée par les parents! 

    Avec ma fondation, nous organisons régulièrement des cours de sensibilisation auprès des élèves. Nous leurs montrons premièrement mon film « déchets » puis nous les emmenons sur le terrain pour une action de nettoyage. Le but étant qu’ils puissent se rendre compte que chaque petit geste peut avoir des conséquences désastreuses pour la nature. 

    Il serait bien que l’État rende obligatoire des cours sur l’environnement dans les écoles. La confédération devrait interdire les sacs plastiques et les objets à usage unique, de même que les emballages inutiles des fruits et légumes par exemple. Si l’information est utile parfois la répression est nécessaire. Une Police des déchets et de protection de la nature devrait être mise en place pour faire cesser les incivilités. En effet, parfois seuls des amendes dissuadent les gens de mal se comporter.

    Le prochain nettoyage à Noville a lieu le samedi 29 août. Pour rejoindre la fondation MART dans cette lutte contre les déchets : https://www.mart.ch/futures-actions-nature